lundi 28 mars 2016

Solitude au Menez Hom

C'est le Menez Hom, dans le Finistère. Un endroit où je me ressource depuis plus d'un an. Hier j'étais seul à son sommet et je repense aux premières pages d'Anges de la Désolation de Kerouac, dans lesquelles il décrit sa vie spartiate dans une cabane d'observation au sommet du mont Désolation. Il est payé à observer nuit et jour les autres sommets alentours afin de signaler tout début d'incendie. D'autres types comme lui sont sur les autres monts à faire le même boulot. Cruelle métaphore de notre condition humaine.




Le Menez Hom n'est pas aussi haut ni aussi majestueux que Desolation Peak, mais c'est un point culminant d'où l'on observe toute la baie de Douarnenez à l'ouest, l'Aulne au nord qui serpente de Landévennec à Châteaulin. De tous côtés, les plans successifs d'arbres et de monts, d'herbes hautes et de chemins qui disparaissent vers le lointain offrent de beaux tableaux à figer sur des sels d'argent.




Promenade vivifiante : il faisait un vent glacial avec des rafales à plus de 100Km/h. Ça fait du bien, ça aide à prendre conscience qu'on est toujours seul en fin de compte, et la solitude offre une acuité dans la présence au monde que ne permet pas le fait d'être toujours à deux.

Solo, solitude, désolé, désolation.





Vous êtes seul sur ce promontoire, à vous prendre des bourrasques de vent marin dans la gueule qui vous déstabilisent, font hésiter vos pas. Vous regardez au loin comme le disait Alain, pour ne pas trop penser à vous. Mais regarder au loin, c'est regarder en soi finalement. Alors, vous faites le tour du sommet pour constater que vous êtes bien seul, mais vous ne l'êtes jamais car vous pensez à d'autres personnes, vous portez en vous d'autres personnes. Des fantômes qui ne s'en iront jamais. Et vous rentrez, étouffé par tant d'air, la tête ébouriffée, vos cheveux poivre et sel hérissés et figés par tant de vent. Vous rompez vos doigts gelés à vouloir rembobiner la pellicule dans ce vieux Konica, le compagnon fidèle de votre solitude. 





De retour sous un toit familier, je me mets à écrire. Je repense à une personne que je viens de laisser derrière moi. Et je me demande si elle a jamais existé, ou si c'est moi qui l'avais inventée.


De la même manière, vous ne verrez pas le Menez Hom sur ces quelques images : vous ne verrez que ce que j'ai vu quand j'y étais. Le paysage autour, la lumière et les chemins.





dimanche 20 mars 2016

Je suis chemin

La vie te donne des choses, puis elle les reprend. Heureux celui qui peut dire « la vie m'a donné quelque chose et elle me l'a laissé ».



Au point de départ de toute relation, il y a un malentendu. La vie te donne une chose que tu n'as pas mérité. Il faut commencer à la mériter une fois qu'elle est là, entre tes mains. Et parfois, il faut continuer de la mériter après l'avoir perdue.

jeudi 25 février 2016

Sur un poème d'Eugène Guillevic



« Force
Est d'aller.

De se faire traverser
Par la distance.

Sans rien changer
À la distance. »

— Eugène Guillevic
in Paroi, 1970 



J'ai découvert ce poème de Guillevic, poète quimpérois, au printemps 2013 et je l'avais noté dans un carnet. J'ai relu le recueil intitulé Paroi depuis. J'ai pensé plusieurs fois m'en servir pour illustrer des photos de paysage. 

Mais se faire traverser par la distance, cela peut aussi bien désigner la distance à laquelle je me tiens d'une personne que je photographie. Distance mesurable en centimètres, distance des convenances et des catégories sociales. Distance du souvenir lorsqu'il faut continuer d'avancer sans rien changer à la distance.

Le printemps va revenir, les portraits de rue aussi.